L'audacieux pari d'Effenti avec ses employés-actionnaires

Effenti, a décidé de redonner l'entreprise à ses artisans ! Maintenant, Effenti appartient à ses collègues ! Vive l'entreprise libérée !

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Effenti, une entreprise spécialisée dans le service-conseil et le développement d’applications Web et mobiles, veut révolutionner le monde des technologies de l’information (TI) en le rendant plus humain. Pour y arriver, le patron Stéphane Bernier et son associée Valérie Marier ont décidé d’impliquer leurs employés en leur vendant des actions de l’entreprise.

Stéphane Bernier a créé Effenti en 1997. Depuis une dizaine d’années, il caresse l’idée de demander à ses employés de devenir actionnaires. «Je ne me suis jamais senti comme le grand boss, j’ai la majorité, mais j’ai toujours voulu un écosystème et non une structure managériale», confie-t-il.

«Jusqu’à présent, je n’avais jamais eu l’opportunité de le faire, mais le marché où on s’en va, on est rendu là. Le capitalisme est en train de se modifier peu à peu. Je pense que les employés doivent avoir une partie de l’entreprise pour le futur et répondre à la demande mondiale», poursuit-il.

Effenti se positionne comme une entreprise hybride, libérée et responsable. Il y a trois mois, Stéphane Bernier et Valérie Marier ont donc décidé de passer à l’acte. «Le modèle d’Effenti est vraiment basé sur la responsabilisation des employés, la confiance, la transparence. C’était naturel de redonner l’entreprise aux artisans. Dans le milieu dans lequel on est, c’est eux autres qui ont la connaissance de l’informatique. L’entreprise existe parce qu’ils sont là et qu’ils croient à la mission d’Effenti, qui est de rendre les TI plus humaines», insiste Valérie Marier.

Sur la cinquantaine d’employés, une dizaine sont devenus actionnaires. «On vise que tout le monde ait une participation dans l’entreprise, mais on ne force personne. Certains sont immigrants et viennent d’arriver au Québec, d’autres ont une dette d’étude à rembourser, mais qu’on soit actionnaire ou employé, tout le monde est traité de la même manière. On est une famille tissée serrée. Plusieurs nous ont dit qu’ils allaient embarquer un peu plus tard», affirme Valérie Marier.

Attirer et retenir les meilleurs talents

Comme toutes les entreprises de TI, Effenti est touchée par la pénurie de main-d’œuvre. Impliquer les employés au sein de l’entreprise est une bonne manière de les attirer et surtout de les retenir.

«C’est une façon de m’intégrer. On appartient vraiment à quelque chose. On ne vient pas ici pour seulement travailler, mais pour contribuer. Ça donne un savoir différent», explique Maidelys Machado Diaz, l’une des nouvelles actionnaires de l’entreprise.

«Le fait de devenir actionnaire, ça n’impacte pas vraiment le travail, mais tout ce que fait Effenti autour. […] Devenir actionnaire est une conséquence de la culture d’entreprise. Le niveau de responsabilité et d’engagement était déjà là. C’est la suite logique», pense quant à lui Gloire Lomani.

En effet, Effenti a toujours mis l’employé au cœur de ses décisions. Une vision de plus en plus recherchée par les milléniaux qui veulent se sentir impliqués au sein de l’entreprise pour laquelle ils travaillent.

«Quand on explique ça aux gens qu’on veut recruter, ils sont étonnés, mais très intéressés. Tous les employés sont invités à participer aux décisions. Le fait qu’on les implique, ça les amène à être le changement. On donne les chiffres, on explique tout», souligne Mme Marier.

Et si jamais un nouvel actionnaire prenait la grosse tête, Stéphane Bernier le remettra rapidement à sa place. «J’aurais une discussion avec la personne. Je ne suis pas comme ça, donc il n’y a personne ici qui va l’être», soutient-il.

«Ce n’est pas parce que je suis devenu actionnaire que je me dis, il faut que je m’investisse, puis je vais faire de l’argent. Pour moi, c’est plus un symbole. J’ai plus le sentiment, c’est ma gang et on va faire ça en gang», assure Jean-François Boily.

Inspirer un changement

Après plus de 20 ans à gérer son entreprise, Stéphane Bernier aurait pu la vendre et récolter le fruit de son labeur. «On a eu des offres pour nous acheter, mais on a préféré partager», révèle son associée depuis dix ans Valérie Marier.

La majorité des entreprises ont encore un modèle de management traditionnel avec l’illusion que les employés se trouvent chanceux de travailler pour une entreprise qui a un nom. Mais en réalité, les gens travaillent pour subvenir à leurs besoins et pour un sentiment d’accomplissement. «On veut changer les vieux modèles. Nos compétiteurs trouvent ça capoté. Pour arriver à faire ça, il faut que la direction soit là mentalement. Tu dois oublier ton ego. Ça les dérange, mais on les intrigue aussi. On veut créer une réflexion chez eux», juge Mme Marier.

Est-ce que le modèle mis en place par Effenti pourrait devenir la normalité dans toutes les entreprises à l’avenir? M. Bernier l’espère, il donne d’ailleurs des conférences sur l’entreprise libérée et responsable, le leadership et le management d’aujourd’hui, et sur le recrutement et le code Effenti. «On est en train de faire une révolution de l’entrepreneuriat. On est en avant de la parade. Ça va être mieux pour les entreprises et le monde autour.»

Source:Le Soleil, Céline Fabriès, journaliste